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Moira Millán : défendre la Terre, défendre les peuples

  • agnesfayet
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

J’ai découvert Moira Millán dans un épisode de La Terre au carré sur France Inter.




En dépit de la traduction simultanée qui coupe un peu l’auditeur de la voix de l’intéressée, on ressent un certain calme dans l’expression vocale. Un calme qui contraste beaucoup avec les sujets tragiques qu’elle évoque : la question de l’existence du peuple Mapuche qu’elle représente et la défense de l’environnement. La question autochtone est d’ailleurs souvent corrélée à l’urgence de la préservation des écosystèmes.


Moira Millán - 3º Encuentro Latinoamericano de Feminismos Ella. La Plata, Argentina, diciembre de 2018. Cobertura Colaborativa Ella - CC BY-SA 2.0
Moira Millán - 3º Encuentro Latinoamericano de Feminismos Ella. La Plata, Argentina, diciembre de 2018. Cobertura Colaborativa Ella - CC BY-SA 2.0

Les premiers drames du peuple Mapuche

Le peuple Mapuche, auquel appartient Moira Millán, habite depuis des siècles entre le Chili et l’Argentine, dans les territoires de Patagonie et la Cordillère des Andes. Après avoir résisté à la colonisation espagnole, ils ont été brutalement soumis dans le courant du XIX° siècle. Ce qu’on a appelé la « pacification de l'Araucanie » était en fait une campagne militaire menée par l'état chilien entre 1861 et 1883 pour conquérir le territoire ancestral du peuple Mapuche. Cette violente opération militaire a privé les Mapuche de 90% des territoires autochtones qu’ils occupaient. Cette colonisation forcée a eu un caractère génocidaire. Les Mapuche ont été décimés et les rescapés ont été contraints de vivre dans une réserve sur le modèle Nord-Américain. Le pendant argentin de cette violence s’est appelé la « Conquête du désert », une série de campagnes militaires organisées par l'état argentin entre 1878 et 1885. L’Argentine était motivée par la rentabilité croissante de l'élevage et de la laine. L’installation d’un modèle d’élevage plus intensif nécessitait l’expansion territoriale. En Argentine comme au Chili, ces campagnes militaires se sont accompagnées de massacres, de déplacements forcés, de destruction des structures communautaires et de confiscation des terres ancestrales. Aujourd’hui, il reste environ 1,5 à 2 millions de Mapuches vivant dans les deux états.


Aujourd’hui, les Mapuches et le « terricide »

Ce qui frappe chez Moira Millán, ce n’est pas seulement la mémoire du passé. C’est la manière dont elle relie cette histoire coloniale aux crises contemporaines : la destruction des écosystèmes, l’extractivisme minier, l’accaparement de l’eau, les violences faites aux femmes autochtones, la militarisation des territoires et l’effondrement climatique. Pour elle, tout cela fait système. Elle utilise un mot puissant pour le désigner : « terricide ». Le terricide, explique-t-elle, ne désigne pas seulement la destruction de la nature. C’est la destruction simultanée des peuples, des langues, des cultures, des corps, des mémoires et des relations vivantes qui relient les humains à leurs territoires. Cette pensée est née dans les luttes concrètes menées par les communautés mapuches de Patagonie. Les territoires ancestraux revendiqués par les Mapuches sont aussi des espaces stratégiques : exploitation de l’eau, de la forêt, du sous-sol (hydrocarbures, lithium…). Dans un contexte de crise climatique mondiale, le contrôle de l’eau devient un enjeu géopolitique majeur. Les glaciers de la Cordillère des Andes constituent une réserve essentielle pour toute l’Amérique du Sud. Leur dégradation accélérée, combinée à l’exploitation minière intensive et à la privatisation de l’eau, menace des équilibres écologiques déjà fragiles. Les mouvements mapuches dénoncent depuis des années cette logique extractiviste. Et c’est là que leur combat dépasse largement les frontières de l’Argentine ou du Chili.


Se faire entendre sur le plan international

Le peuple Mapuche a rejoint l’Alliance internationale des peuples autochtones et tribaux de la forêt tropicale créée en 1992. Cet organisme indépendant a pour vocation de « garantir le respect des droits, territoires, institutions et processus autochtones et de promouvoir un modèle autochtone de développement et de conservation socialement et écologiquement sensible dans les régions forestières tropicales. » L'espoir repose sur la confluence des luttes autochtones pour obtenir plus de poids et mutualiser la défense juridique.



On retrouve la pensée de Moira Millán et le combat des Mapuches pour leur terre ancestrale dans « Le train de l’oubli. Itinéraire d’une guerrière mapuche en Patagonie ». Ce récit vient de paraître dans la collection “Voix de la Terre” aux éditions Actes Sud. Selon l’auteure militante, en Argentine, une telle pression est faite sur les maisons d’édition que l’édition originelle argentine « El tren del olvido » ( Planeta de Libros, 2019) n’a pas bénéficié d’une réédition. L’édition française est un signe d’espoir pour faire connaître la situation d’un peuple peu connu aux confins du monde.

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